En phase avec la réalité 1/2

13062009

Après 2000 km dans l’Ouest Canadien entre Seattle, Vancouver, Calgary et Edmonton, je prends la route de nouveau vers les Etats Unis, vers le Sud-Est, en direction de Chicago.

Ce sont 5 jours de route qui se présentent, 5 jours de stop.

J’aurais pu parcourir cette distance en avion. Ca m’aurait couté 200 ou 300 dollars et c’était l’affaire de 5 ou 6 heures de vol. J’aurais eu de belles vues sur les plaines du Mississippi pendant le trajet. J’aurais pu avoir une discussion avec mon voisin de siège. J’aurai pu dormir aussi, et déguster un verre offert par une des charmantes hôtesses. J’aurais pu apprécier la puissance du décollage et les frissons de l’atterrissage.

Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?

Simplement pour être en phase avec la réalité.

Le continent américain est immense. Les grands espaces méritent bien leur nom. Les routes dans les plaines sont rectilignes et interminables. Dans les montagnes, elles sont sinueuses et interminables. Voyager par la terre permet de se rendre réellement compte des distances, réaliser à quel point le climat, les gens, les accents changent, à quel point nous sommes infiniment petits et insignifiants devant le monde que nous habitons.

Voyager en stop permet d’échanger avec les occupants de la voiture, du camion qui m’emmène. La diversité des gens rencontrés me pousse dans les retranchements de mon ouverture d’esprit. Parfois je monte avec des gens avec qui, a priori, je ne partage rien. Nous n’avons pas la même culture, pas les mêmes préoccupations, pas la même façon de s’exprimer, aucun centre d’intérêt en commun. Parfois, je les trouve simplement cons ou fermés. Seulement, ils m’emmènent. Et je vais bien m’efforcer d’être sympa et agréable avec eux, le temps à passer dans leur véhicule. Alors je m’intéresse à ce qu’ils font, à ce qu’ils pensent, comment ils vivent. Je les questionne, ils me répondent puis me questionnent à leur tour. On va peut être même rire ensemble. Au final, je m’aperçois que ces cons ne sont pas si cons, que ces gens fermés ne sont pas si fermés. Je me rends compte aussi que j’ai peut être été moi-même très fermé de les juger ainsi sans même les connaitre personnellement. Nous sommes juste différents. Nous avons les mêmes besoins et les mêmes souhaits dans la vie. Des besoins et des souhaits qui s’expriment juste différemment…
Evidemment quand on est hébergé chez l’habitant, c’est la même chose, voire plus prononcé. On casse les préjugés et on apprend à vivre avec les autres.

« It takes all kinds to make the world », me dit Lisa, une native américaine, indienne Crow, qui m’emmène sur 300 miles à travers les plaines du Dakota du Sud.

Je n’ai pas pris cet avion pour me rendre compte de ces changements, les apprécier, les endurer aussi. Mon corps et surtout mon esprit, s’adaptent. On passe un fuseau horaire, on change d’état, il n’y a plus que 7h de décalage avec la France. Les plaques d’immatriculation ne sont plus les mêmes. En se rendant compte des différences mais aussi et surtout des similitudes que nous avons avec ces « cons », finalement, on se comprend mieux, et on ne s’insurge pas face à chaque parole avec laquelle on n’est pas d’accord. On prend le temps, on s’intéresse à son interlocuteur. On se questionne soi même. Il a peut être raison ? Tiens c’est marrant, pourquoi voit-il les choses comme ça ? Je repense aux sacrifices humains en Bolivie, à la conception de la religion d’un Mexicain, à un transsexuel guatémaltèque, à un entrepreneur états-uniens…

Toutes les personnes que je rencontre ont leurs raisons de penser comme ils pensent. Les Américains sont parti en Irac, nous ne sommes pas d’accord, ils sont cons ces Américains. Les Français ne nous suivent pas en Irac, ils sont cons ces Français… Les conflits dans le monde viennent peut être simplement d’un manque de communication, d’un manque de rencontre de l’autre, d’un manque d’intérêt dans son rythme de vie, sa façon de penser. Peut être que si nous prenions le temps de nous rencontrer, de nous assoir autour d’une table, prendre un verre ensemble, peut être qu’au lieu de se taper dessus, on apprendrait à vivre ensemble. Peut être qu’aussi nos yeux seraient plus ouverts sur des problèmes communs, sociaux et environnementaux. Comment se fait-il qu’au XXIème siècle avec tous les moyens que nous avons, nous en soyons encore tristement là ?

Ceci est vrai pour l’échelle d’un pays, comme pour celle d’un immeuble.

Mon voisin me tape sur le système avec sa musique toujours trop forte. Pourquoi il râle tout le temps contre ma musique, il ne se rend pas compte du bruit qu’il fait en claquant les portes en pleine nuit ?

Prendre un verre ensemble. Casser l’image de l’inconnu, ca ne peut qu’arranger les choses.




Les continents se parlent au Canada

8062009

Les grandes villes sont souvent caractérisées par la diversité de gastronomies, de langues, de couleurs de peau, de styles vestimentaires qu’elles contiennent. Le Canada est certainement l’un des pays les plus visés pour l’immigration, jouissant donc d’une société multiculturelle.

Dans un bar-club d’Edmonton, lors du Fest-Next, un festival qui met en avant de jeunes talents, on retrouve tous les arts, tous les styles. La salle réunis des fils et filles d’immigrants européens, africains, latinos, asiatiques, océaniques. Le monde y est représenté. Tous semblent très bien vivre ensemble, malgré des peaux de couleurs différentes, malgré des chemins spirituels différents, malgré des idéaux politiques différents, malgré des couvre-chefs différents.

Je discute avec un maximum de personnes, j’aborde la question du racisme. « Ici, il y a très peu de racisme, les gens sont fiers de leur pays d’origine, c’est la force du Canada d’être un pays d’immigrants » me dit l’un d’entre eux.

Ici, on vit ensemble, et on le vit bien.




Privilégié de l’humanité

7062009

Je profite d’être à Edmonton pour participer à un forum international sur la Nature Urbaine (Urban Nature Forum, en introduction du World Congress by ICLEI). 23 pays sont représentés, 60-70 personnes venues des 5 continents sont là pour débattre sur comment gérer la biodiversité en ville.

Echange d’expériences, échange de contacts, échange d’idées. Echange.

Urban Nature Forum
Album : Urban Nature Forum

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Beaucoup de ces personnes se connaissent. J’ai l’impression d’entrer dans une grande famille, celle de ceux qui verdissent les villes. Chacun expose ce qui a été entrepris dans sa ville. Entre autres, New-York, Cape Town, Nagoya, Amsterdam, Montréal, Sao Paulo, Canberra, etc. Le monde déborde d’idées, d’expériences. Pas de brevet, d’appropriation, de certificat. On est là pour échanger, pour donner et recevoir des conseils. Certains pensent technique, d’autres pensent gouvernance. Les regards sur la biodiversité se croisent, des étincelles restent dans la botte de foin mentale de chacun d’entre nous, en fonction de ce que nous étions venus chercher. Beaucoup repartent en feu. Il n’y a pas de conflit dans ce forum, pourtant, les mondes occidentaux capitalistes sont représentés, certains pays africains très pauvres sont là, des gens d’Israël, des personnes aux confessions musulmanes, chrétiennes, bouddhistes, se parlent, échangent un repas, suivent la même conférence.

Nous passons au dessus de nos difficultés à parler la même langue. Si l’anglais est la langue utilisée par tous, on entend parler Japonais, Français, Allemand, etc. Les accents des australiens, des sud-africains, des états-uniens, ceux des anglophones non natifs sont différents, on en plaisante. On rit. Nous passons au dessus des difficultés de sommeil dues au décalage horaire imposés par les avions. En pleine conférence, alors qu’il est 15h à Edmonton, pour les Européens, il est 23h, pour les Australiens, il est 5h du matin.

Au cours des repas, les participants au congrès mangent ensemble. Autour de table de 7-8 personnes placées aléatoirement, chacun y va de ses anecdotes personnelles, professionnelles. Je me retrouve après un de ces repas riches en rires, à danser, moi français, blond aux yeux bleus, avec Godfrey, un maire kenyan de 50-55 ans à la peau très noire sur des airs de musique country canadienne joué par 3 hommes, certainement immigrants, d’Autriche, de Pologne peut être. « Next time, when you come to my country, I’ll show you how we dance over there », m’invite Godfrey.

Le monde ne fait plus qu’un.

Les gens font face à leur timidité puis commencent de plus en plus à se parler, à plaisanter. Nous prenons plusieurs fois le bus pour aller visiter des zones de la ville, améliorées en termes de biodiversité. Le bus est plus bruyant qu’un car scolaire. Les enfants du monde vivent un instant ensemble. Les continents se parlent. Ces moments sont remplis d’énergie, d’excitation et d’espoir. Il suffit de se parler, il suffit d’aller voir l’autre, de s’intéresser à ce qu’il fait pour se rendre compte qu’il n’est pas si différent de soi. « Dans ma ville à Singapour, nous avons un hôpital psychiatrique qui aide les personnes en difficulté à retrouverle calme en eux, grâce à la biodiversité. Ils passent 1 semaines dans un immense vivarium, rempli de papillons. »

Un dénominateur commun réunis toutes ces personnes avec qui je me retrouve dans ce congrès. Nous avons tous eu la chance de recevoir une instruction et une éducation nous permettant d’être suffisamment curieux pour ouvrir nos yeux vers d’autres cultures et vouloir aller voir ce qu’il y a de l’autre côté de l’horizon. Cela nous rend aptes à surpasser les différences culturelles et à retenir le bon de ces différences. D’où l’intérêt de l’accès à l’éducation, à l’information. Ces deux accès sont malheureusement encore rarement bien faits, même dans les pays dits « libres et développés ». Toutes les personnes présentes ne sont pas comme des immigrés qui prennent la couleur du pays d’adoption, nous sommes tous des citoyens de notre pays respectif, et vivons encore dans ce même pays. Nous sommes donc encore plus authentiques et marqués par notre culture. Ça rend ce moment unique pour moi.

Il y a 100 ans, ce n’était pas possible de prendre l’avion et de réunir tant de personnes d’horizons si différents au même endroit au même moment. Dans 100 ans, il est probable que nous ne soyons plus en mesure de voyager aussi facilement (rareté du pétrole, besoin de vivre localement pour des raisons sociales et environnementales, insécurité croissante etc.).

J’ai l’impression d’être un privilégié de l’humanité qui a pu rencontrer ses frères.

Dans ce forum, je réalise l’importance d’échanger à cet échelon mondial. L’avion est nécessaire certes, il pollue, c’est sûr. Mais c’est un moyen qui permet de se rencontrer, d’échanger, de comprendre les difficultés des autres tout en s’inspirant de leurs réussites sans les jalouser.

Dans ce forum, festin de bonnes idées, je déguste l’espoir à l’état mondial, croquant et frais.




Je veux être heureux à 65 ans

5062009

Aujourd’hui, je viens de rencontrer une personne qui m’a fait comprendre quelque chose de profond.
Il s’agit de Peter, un homme de 65 ans. Le front dégarni, les lunettes aux verres progressifs gentiment posées sur son front, rasé de prés, le gilet de pécheur, la bedaine et le chapeau d’Indiana Jones, le sourire sage.

Peter, une inspiration
Album : Peter, une inspiration

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Peter est le père de ma couchsurfeuse, elle est a Montréal en ce moment, de l’autre coté du pays, cependant elle m’a dit que son père m’accueillerait avec plaisir. Ce qui fut le cas.
Cet homme qui se remarque tout de suite par sa bonne humeur, son flot de petites blagues et sa malice, m’emmène de surprise en surprise… Nous commençons par aller acheter des fruits à la caravane d’une jeune femme qui vend sa marchandise sur le bord de la route depuis 14 ans. Lui vient depuis 13 ans. Ils sont amis. On joue avec les chiens et on repart avec quelques raisins, abricots et cerises. Je suis accueilli en ami. On devient vite complice.

Ensuite nous cuisinons ensemble petits légumes sur gros pavé de bœuf qui constitueront un repas magique savoureusement arrosé d’un bon petit cabernet sauvignon.
Au cours de ce repas, il n’a cessé de me compter ses aventures autour du monde dans les années 70. Des aventures en stop, en bateau, en train, seul et parfois accompagné.
Le temps de ce repas ensemble, j’ai vu dans ses yeux l’émerveillement d’un gosse qui découvre un nouveau continent, d’autres cultures, la surprise d’un ado qui se voit offrir des lifts en stop très facilement parce qu’il est bien accompagné par une jeune et jolie australienne, le plaisir d’un jeune adulte au contact des nombreuses voyageuses qu’il croise, séduit et aime le temps d’une nuit sur sa route, et la sagesse de l’homme mûr et serein qui tombe amoureux et se marie en chemin et ainsi s’arrête pour fonder sa famille.

Peter est heureux, serein, et rayonnant. En ces 6 années de vadrouille, il a expérimenté plusieurs boulots, rencontré des centaines de personnes, appris d’autres langues. Rien de vraiment exceptionnel, mais ce qui fait de Peter un homme particulier à mes yeux du moins, c’est qu’à 65 ans, il est profondément heureux.

Cette discussion fut contée avec une magnifique et agréable pointe d’humour en me parlant de son ticket tour du monde en cargo : « I saw a lot of water! » Rires aux éclats… Il racontait ses histoires pour les partager, mais je voyais dans son regard scrutant le plafond, cherchant ses mots pour qualifier au mieux ses émotions sur le moment, je voyais que le principal public de ces histoires était lui-même. Des histoires qui, sachant qu’il les a vécues, le rendent réellement serein jusqu’au fond de son être sans regret sur sa vie. Ayant passé cette étape de se rassurer lui-même, de se rappeler qu’il a bien vécu, il ne peut que compter ses histoires avec plaisir et sans artifices, pour le bonheur de son auditoire.
En me parlant du capitaine de bateau qu’il convainc via son humour, je sens qu’il est content de lui, en me parlant de l’hôpital psychiatrique où il a travaillé deux ans, je sens qu’il a appris, en me parlant de cette anglaise avec qui il a passé des nuits merveilleuses dans une auberge de jeunesse au Pérou, je sens qu’il a été comblé.
Aujourd’hui, Peter est retraité, divorcé, père de 2 enfants. Il conserve une belle relation amicale avec sa femme et ses enfants de 22 et 26 ans grandissent et étudient, et prennent leur envol. Peter continue de travailler pour une petite boite de production de vidéos de sensibilisation autour du thème environnemental. Sa maison est très désordonnée, sa vie est très remplie.
Aujourd’hui je viens de rencontrer Peter qui m’a fait comprendre que quand j’aurai 65 ans, je veux être heureux.
La maxime « carpe diem » prend tout son sens, celle disant « on n’a qu’une vie » la surpasse et ma pensée « je veux être heureux à 65 ans » trouve un chemin, une raison.




Sin city

29052009

Las Vegas, une ville littéralement sortie de terre, en plein désert, où les contradictions semblent s’être donné rendez-vous. L’entrée d’un casino affiche les mots en lettres capitales et lumineuses : manger, boire et jouer.

-       Ici, les lois sont différentes pour autoriser certaines pratiques illicites ailleurs, m’explique un jeune parieur, un verre à la main, l’autre tenant fébrilement une liasse de billets de 1 dollar.

Dans les rues, entre les casinos et les restaurants, les pharmacies et les magasins d’alimentation, des distributeurs gratuits de catalogues de prostituées ont pris la place des magazines d’annonces immobilières, cependant Las Vegas est aussi la ville où des millions de jeunes couples viennent se marier…

Disney Land pour adultes
Album : Disney Land pour adultes

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Le long du strip et des avenues environnantes illuminées jour et nuit, là où ont été reconstitués, en grandeur presque nature, des chefs d’œuvre de l’architecture mondiale comme la Tour Eiffel, le Colisée ou encore Le Sphinx, des hordes de sans-abri, de tout âge, espèrent encore leur chance. Je passe devant eux comme ces autres millions de parieurs, se délestant de 300 dollars sur une table de bridge comme je laisse 1 dollar dans une des machines à sous pour « gens modestes ».

J’entame la conversation avec un quadragénaire à l’air sympathique.

-       Je viens ici deux ou trois fois par an pour me détendre. J’ai ma cagnotte « pari ».

Une cagnotte constituée de jetons de 100, 200 et 500 dollars. Vertige. Cet homme joue avec plus d’argent qu’il ne m’en faut pour tout mon voyage.

Couvrant un boulevard entier, l’écran le plus long du monde, s’étale en demi cylindre sur 425 mètres de long. Tous les soirs, il projette un bout du rêve américain, de beaux jeunes gens, de l’argent, de belles voitures, des cocktails, des hôtels de luxe… Triste société vivant dans l’illusion.

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Les péchés capitaux ont trouvé leur royaume, là où le grandiose est en éternelle compétition avec l’inutile. En plein désert, à plusieurs centaines de kilomètres de la première forêt, comment peut-on acheminer autant de matériaux, d’eau, de ressources ? Comment peut-on vivre, comment nourrir ces millions de gens ?

 

 




Les grands espaces, encore et encore

28052009

D’une très faible densité humaine comme point commun, parfois humides, parfois couvertes de végétation, parfois sablées, parfois très sèches voire même salées, les étendues d’Amérique du Nord surprennent autant que celles d’Amérique Latine.

Je me débrouille pour mettre le Grand Canyon sur ma route vers l’Ouest. J’arrive sur place assez tard dans l’après midi. Le couple avec qui j’étais me dépose au début du sentier qui descend dans le coeur du canyon. Ils insistent pour m’offrir de l’eau, de la nourriture et une bible ! La nuit arrive, c’est la pleine Lune ce soir, je décide de descendre jusqu’au fleuve Colorado, 1250 m plus bas, avec la lueur du satellite terrestre comme seul guide.

Grand Canyon, descendu de nuit, remonté de jour
Album : Grand Canyon, descendu de nuit, remonté de jour

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Commence alors un parfait moment d’harmonie avec la nature. Je profite des derniers rayons du soleil pour bien avancer et tout en observant toute la palette de couleurs changeant dans les gorges du canyon. Je continue à marcher éclairé des reflets du soleil tout juste couché. La fraîcheur arrive.

La Lune n’est pas encore levée, il fait noir et il y a beaucoup de vent. Comme je suis un peu fatigué, je décide de dormir un peu. Je trouve un coin à l’abri du vent ou je peux m’allonger. Je me réveille 1h30 plus tard, à peine reposé. La Lune est levée. On y voit très bien. Je peux repartir. J’économise mon eau, car j’ai deux litres seulement, et demain je dois remonter jusqu’à « la surface ». Dans les méandres du sentier, il n’y a plus de vent, c’est le silence parfait. Je suis tout seul.

Je vois le fond se rapprocher. J’accumule les heures de marche. La Lune n’est pas loin du zénith, on se croirait presque en plein jour.

Après ma sieste et 5h de marche, il 2h du matin, voici le Colorado. J’entends des gens parler. Je traverse le pont pour passer de l’autre côté du fleuve. Une plage de sable fin borde l’eau qui clapote là où les vaguelettes meurent. Un groupe de jeunes. J’entends des rires.

Je m’approche d’eux, et je jette mon sac à dos par terre en les saluant. Une charmante demoiselle cours vers moi, encore toute mouillée de sa baignade dans le fleuve. « Tu viens d’où ? Pourquoi tu arrives à cette heure là ? Tu veux boire une bière avec nous ? »

« T’es pas aller jusqu’au fond du Grand Canyon tant que tu t’es pas baigné dans le Colorado » me lance Mike avec une voix rocailleuse.

Ils sont 6, l’un d’eux joue de la guitare, entièrement nu le tout en chantant. Sa voix raisonne entre les falaises du Canyon. Après un plongeon dans le Colorado glacé, je sors mon harmonica. J’accompagne alors ce nudiste guitariste sur des morceaux de musique country.

La Lune arrive enfin au zénith, on peut la voir directement au dessus des montagnes. En dépassant une falaise qui la cachait jusque là, elle nous éclaire de sa froide clarté. On arrête de jouer, tout le monde applaudit.

Apaisés et imbibés de bière, nous regardons l’astre nous illuminer. Le monde est à nous.

Entre les Rocheuses dans l’Oregon, les paysages de Western en Arizona, les dunes dorées de Californie, le silence règne, la nature domine, l’homme apprécie.

Vertige des grands espaces
Album : Vertige des grands espaces

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Les clichés, une certaine réalité

28052009

Des voitures énormes, des hamburgers à tous les coins de rue, le surpoids qui devient la norme, la consommation à outrance, les banlieues qui n’en finissent plus, des gens peu conscients de l’environnement, très fermés… tout est là.

Attention un cliché peut en cacher un autre
Album : Attention un cliché peut en cacher un autre

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La réalité n’est pas si uniforme. Heureusement.

Au gré du chemin, je rencontre des gens très ouverts, très généreux, curieux. Beaucoup font de grands détours pour me déposer au bon endroit dans ces grandes villes étalées sur des dizaines voire centaines de km. Certaines personnes se coupent en 4 pour m’aider. Voyant que je pourrais en avoir besoin, on m’offre un téléphone portable et un appareil photo !

Je trouve facilement des produits biologiques, de nombreuses entreprises travaillent avec beaucoup d’énergie autour de la responsabilité sociale et du respect de l’environnement.

Je passe dans des petits villages authentiques, amicaux où on peut trouver des gens sveltes dans des petites voitures ! …

Attention donc aux clichés ou préjugés.

Tous les Français ne sont pas romantiques, les Italiens mangent d’autres choses que des pâtes et des pizzas et les Colombiens ne déjeunent pas tous à la cocaïne !




Du Mexique vers les Etats Unis – Choc culturel

28052009

Il me faut trois jours de route à travers le Mexique, pour rejoindre les Etats-Unis. Ils seront très agréables et aventuresques. Pendant ces trois jours, je me retrouve à annoncer l’arrivée des fruits et légumes au micro de la camionette d’un petit producteur, je passe une nuit avec un routier, sur la même couchette que lui, au milieu de ses ronflements, je conduis un poids lourd sur 20 km (son chauffeur m’installe au volant alors que le camion est lancé à 90 km/h), on m’invite plusieurs fois à manger, aller boire un verre, je passe une nuit au centre de la croix rouge… J’apprécie donc pleinement de la générosité et l’amabilité des Mexicains qu’on trouve à tous les coins de rue.

Mexique ou Amérique Latine, que du bonheur
Album : Mexique ou Amérique Latine, que du bonheur

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J’approche la frontière. Je suis surexcité à l’idée d’entrer aux Etats-Unis. Je vais enfin pouvoir me faire mon idée sur les gens, leur politique, la guerre en Irac… J’attends une réponse à beaucoup de questions.

Malgré le contexte de la grippe A et les problèmes d’immigration que subissent les Etats-Unis, la frontière Mexique-EU est l’une des plus facile que j’ai passée au cours de ce voyage. Je n’ai été fouillé que par les ondes du portail de surveillance !

De l’autre côté, le rêve américain. Je trouve un endroit parfait pour faire du stop. Quand il n’y a pas de voiture je chante, je danse sur le bord de la route. Je joue de l’harmonica. Être aux Etats-Unis m’enchante. En sortant du Mexique, c’est toute la page Amérique Latine qui se tourne. A moi un nouveau monde, celui de l’Amérique du Nord anglophone. Changement de langue, changement de culture, changement de rythme de vie.

J’attends. Les gens ne s’arrêtent pas, ils ne me regardent même pas. J’attends. Je chante moins fort.

Je m’approche des voitures qui freinent à l’intersection toute proche. Je fais signe que je veux simplement leur poser une question. Toutes les voitures passent sans s’arrêter, on dirait qu’ils ont peur.

J’arrête de chanter. Ca commence à m’énerver… Il faut changer de stratégie, s’adapter aux gens. J’attends qu’une voiture à la fenêtre ouverte passe pour l’interpeler. Le mec, sympa, m’emmène jusqu’à une station essence. J’arrive à trouver un autre véhicule pour rejoindre Tucson et puis Phoenix au coeur du désert de l’Arizona. Arrivé la bas, c’est stérile. Personne dans la rue, le flot de voiture, de 4*4 munis de parre-bufle urbain, est continu.

Je ne sais pas où je suis, je voudrais juste demander mon chemin. Au feu rouge, personne ne me répond. Les gens ferment leur fenêtre quand ils me voient arriver avec mon sac à dos et mon atlas de la route. Je me sens désarmé et révolté. Pourquoi ne veulent-ils même pas me parler ? Je me sens perdu, beaucoup plus que quand j’étais malade sur l’altiplano, ou en bordure de favela au Brésil. Ici je ne sais pas quoi faire, ni où aller.

Les rares personnes qui acceptent d’échanger quelques mots avec moi, sans s’arrêter de marcher, le temps que leurs pas pressé les emporte hors de portée de voix me souhaitent bon courage du fond du coeur. Ils ne s’arrêtent pas pour parler, ils sont pressés.

Je tombe enfin sur quelqu’un de patient et généreux qui me dépose au centre ville.

Je rêvais dun autre monde...
Album : Je rêvais d'un autre monde...

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Plusieurs jours plus tard, je reprend la route. Quelque chose se dessine au fur et à mesure des rencontres. Les gens sont soit impossibles à approcher, grognon ou poli à l’extrême, soit adorables, ouverts et curieux ! Le problème est que ce deuxième type de personne est aussi rare qu’il généreux.

J’évolue donc dans ce pays, débordant d’individualisme et taché de générosité essayant de comprendre et de m’adapter à cette population dont chaque individu ou presque est incroyablement concentré sur lui même.

Bienvenu aux Etats-Unis !




Le pouvoir des médias

28052009

Tout commence quand à Oaxaca, une des villes principales du sud du Mexique, un message interrompt tous les programmes télévisuels. Une personne du ministère de la santé annonce qu’une maladie de type grippe sévit dans le pays et que des mesures de précaution sont à prendre. Il faut fermer les fenêtres et éviter de sortir. De manière générale il faut se laver les mains fréquemment et éviter les contacts inutiles avec tout autre individu. Je regarde mon hôte, on sourit jaune. Je retourne dans ma chambre et je ferme la fenêtre en me disant : « C’est pas de chance, ça arrive pile quand je suis là ».

Entre amis, dans la rue, on commence à parler de l’Influenza, c’est son nom au Mexique. Le foyer principal semble être à Mexico, la capitale. Je m’y rends le surlendemain de cette annonce à la TV pour une dernière interview en Amérique Latine, avant mon passage vers les Etats-Unis.

Quand j’arrive à Mexico, en pleine journée, en pleine semaine, les rues sont curieusement peu animées. Beaucoup de commerces sont fermés. Parmi le peu de gens que je rencontre dans le métro, une personne sur 4 ou 5 porte un masque en tissus ou en papier. Les gens s’observent. Attention à ceux qui éternuent… Aller, je tousse, juste pour rire ?
Je retrouve les amis de mes parents chez qui je vais rester quelques jours. L’influenza est au coeur des discussions avec toutes les connaissances et même dans la rue. La psychose s’installe. « Chéri, tu ne trouves pas que le petit a le front un peu trop chaud ? »

Il y a ceux qui y croient et qui se calfeutrent ou se protègent, ceux qui n’y croient pas et continuent à vivre normalement voir même en provoquant les premiers en leur offrant une main bien tendue pour les saluer. Et puis il y a aussi ceux qui s’en remettent à Dieu comme me le confie une vendeuse de tacos dans la rue qui voit son négoce chuter à cause du manque de clients.

Dans les grandes surfaces, les employés portent des masques aussi. Les gens font des provisions, comme en temps de guerre, j’imagine. Il n’y a plus de sucre, plus de farine. Le savon et la vitamine C sont aussi pris d’assaut. Les grandes surfaces font des offres exceptionnelles sur des écrans plasmas, des livres. On attire le client comme on peut.

A la TV et dans les journaux, on continue d’en parler. Le nombre de morts augmente, mais tous les chiffres sont différents. Certaines personnes prises de panique quittent la capitale vers la côte, certains de manière déraisonnée.

Les expatriés qui vivent au Mexique sont constamment sollicités par leur famille et amis. « Comment allez vous ? Mettez bien vos masques. On doit vous cacher la vérité au Mexique, d’ici, depuis la France, on sait ce qu’il se passe. »

A qui se fier ?

Nous comparons alors les informations. Au JT en France :  »les mexicains sont obligés de porter un masque par l’armée… ». Je suis sur place. C’est complètement faux. L’armée a distribué des masques pendant quelques jours au début de la psychose et sans obliger quiconque de les porter.

Ensuite, les gens ont éventuellement continué de se procurer les masques dans les commerces. Des jeunes businessmen en devenir vendent les précieux masques dans la rue à déroge encore à la pression sociale. Un reportage sur France 2 s’intéresse aux producteurs de masques en Thailande qui se frottent les mains de la situation au Mexique. La mondialisation médiatique, commerciale et celle de la peur sont bien réelles.

Les écoles, certains magasins ont été fermés. Les matchs de foot sont à huis clos. Interdit d’entrer dans les églises ! C’est dire à quel point le gouvernement prend au sérieux cette épidémie vite classée dans les pandémies. L’OMS s’agite, on compte les morts.

Au bout de 4 jours, 3 personnes sur 5 au lieu d’une, portent un masque (d’après mon observation des passants dans la rue qui vaut ce qu’elle vaut !). Au bout de 7 jours, le soleil calme les ardeurs. Les masques couvrent plus les gorges que les bouches. Les gens en ont marre.

Un expert sur France 2 nous rappelle que « la grippe <> fait entre 2500 et 3000 morts en France chaque année. L’influenza, ou grippe porcine, ou grippe A n’atteint pas ce taux. »

Je pars finalement au bout de 8 jours. Les gens semblent regagner la rue, petit à petit Mexico se réveille. Si la menace est bien réelle, et les morts bien morts (!), la situation n’était apparemment pas si dramatique. Les médias ont fait leur travail. Alerter, inciter à prendre des précautions. En voyant les résultats et la réactivité du public pour suivre ces mesures, on ne peut que féliciter cette efficacité médiatique.

Que ferait le public en cas de fausse alerte fasse à ce tapage ? La même chose certainement…




En narguant l’horloge

27042009

Espérance de vie humaine, entre 40 et 85 ans. Espérance de vie de certains arbres que nous plantons, plusieurs milliers d’années. Espérance de vie de pierres que nous déposons… Inconnue.  Au Mexique, près de la ville d’Oaxaca, je passe dire bonjour à l’Arbre de Tule. Arbre avec un grand « A », car ce petit bout de bois de 640 tonnes a fêté son 2000ème anniversaire, il y a quelques années ou dizaines d’années. Qui sait ? 

Allumettes en puissance
Album : Allumettes en puissance

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Toujours au Mexique, toujours près d’Oaxaca, je visite les ruines du Monte Alban. Des ruines Zapotèques, un peuple venu d’Amérique centrale dont la période de prospérité se trouve environ autour de 500 ans av. JC. Qui sait ? 

Tas de pierres
Album : Tas de pierres

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C’est parfois surprenant de se rendre compte son insignifiance… 

 







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