En phase avec la réalité 1/2

13 06 2009

Après 2000 km dans l’Ouest Canadien entre Seattle, Vancouver, Calgary et Edmonton, je prends la route de nouveau vers les Etats Unis, vers le Sud-Est, en direction de Chicago.

Ce sont 5 jours de route qui se présentent, 5 jours de stop.

J’aurais pu parcourir cette distance en avion. Ca m’aurait couté 200 ou 300 dollars et c’était l’affaire de 5 ou 6 heures de vol. J’aurais eu de belles vues sur les plaines du Mississippi pendant le trajet. J’aurais pu avoir une discussion avec mon voisin de siège. J’aurai pu dormir aussi, et déguster un verre offert par une des charmantes hôtesses. J’aurais pu apprécier la puissance du décollage et les frissons de l’atterrissage.

Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?

Simplement pour être en phase avec la réalité.

Le continent américain est immense. Les grands espaces méritent bien leur nom. Les routes dans les plaines sont rectilignes et interminables. Dans les montagnes, elles sont sinueuses et interminables. Voyager par la terre permet de se rendre réellement compte des distances, réaliser à quel point le climat, les gens, les accents changent, à quel point nous sommes infiniment petits et insignifiants devant le monde que nous habitons.

Voyager en stop permet d’échanger avec les occupants de la voiture, du camion qui m’emmène. La diversité des gens rencontrés me pousse dans les retranchements de mon ouverture d’esprit. Parfois je monte avec des gens avec qui, a priori, je ne partage rien. Nous n’avons pas la même culture, pas les mêmes préoccupations, pas la même façon de s’exprimer, aucun centre d’intérêt en commun. Parfois, je les trouve simplement cons ou fermés. Seulement, ils m’emmènent. Et je vais bien m’efforcer d’être sympa et agréable avec eux, le temps à passer dans leur véhicule. Alors je m’intéresse à ce qu’ils font, à ce qu’ils pensent, comment ils vivent. Je les questionne, ils me répondent puis me questionnent à leur tour. On va peut être même rire ensemble. Au final, je m’aperçois que ces cons ne sont pas si cons, que ces gens fermés ne sont pas si fermés. Je me rends compte aussi que j’ai peut être été moi-même très fermé de les juger ainsi sans même les connaitre personnellement. Nous sommes juste différents. Nous avons les mêmes besoins et les mêmes souhaits dans la vie. Des besoins et des souhaits qui s’expriment juste différemment…
Evidemment quand on est hébergé chez l’habitant, c’est la même chose, voire plus prononcé. On casse les préjugés et on apprend à vivre avec les autres.

« It takes all kinds to make the world », me dit Lisa, une native américaine, indienne Crow, qui m’emmène sur 300 miles à travers les plaines du Dakota du Sud.

Je n’ai pas pris cet avion pour me rendre compte de ces changements, les apprécier, les endurer aussi. Mon corps et surtout mon esprit, s’adaptent. On passe un fuseau horaire, on change d’état, il n’y a plus que 7h de décalage avec la France. Les plaques d’immatriculation ne sont plus les mêmes. En se rendant compte des différences mais aussi et surtout des similitudes que nous avons avec ces « cons », finalement, on se comprend mieux, et on ne s’insurge pas face à chaque parole avec laquelle on n’est pas d’accord. On prend le temps, on s’intéresse à son interlocuteur. On se questionne soi même. Il a peut être raison ? Tiens c’est marrant, pourquoi voit-il les choses comme ça ? Je repense aux sacrifices humains en Bolivie, à la conception de la religion d’un Mexicain, à un transsexuel guatémaltèque, à un entrepreneur états-uniens…

Toutes les personnes que je rencontre ont leurs raisons de penser comme ils pensent. Les Américains sont parti en Irac, nous ne sommes pas d’accord, ils sont cons ces Américains. Les Français ne nous suivent pas en Irac, ils sont cons ces Français… Les conflits dans le monde viennent peut être simplement d’un manque de communication, d’un manque de rencontre de l’autre, d’un manque d’intérêt dans son rythme de vie, sa façon de penser. Peut être que si nous prenions le temps de nous rencontrer, de nous assoir autour d’une table, prendre un verre ensemble, peut être qu’au lieu de se taper dessus, on apprendrait à vivre ensemble. Peut être qu’aussi nos yeux seraient plus ouverts sur des problèmes communs, sociaux et environnementaux. Comment se fait-il qu’au XXIème siècle avec tous les moyens que nous avons, nous en soyons encore tristement là ?

Ceci est vrai pour l’échelle d’un pays, comme pour celle d’un immeuble.

Mon voisin me tape sur le système avec sa musique toujours trop forte. Pourquoi il râle tout le temps contre ma musique, il ne se rend pas compte du bruit qu’il fait en claquant les portes en pleine nuit ?

Prendre un verre ensemble. Casser l’image de l’inconnu, ca ne peut qu’arranger les choses.


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