Sin city

29052009

Las Vegas, une ville littéralement sortie de terre, en plein désert, où les contradictions semblent s’être donné rendez-vous. L’entrée d’un casino affiche les mots en lettres capitales et lumineuses : manger, boire et jouer.

-       Ici, les lois sont différentes pour autoriser certaines pratiques illicites ailleurs, m’explique un jeune parieur, un verre à la main, l’autre tenant fébrilement une liasse de billets de 1 dollar.

Dans les rues, entre les casinos et les restaurants, les pharmacies et les magasins d’alimentation, des distributeurs gratuits de catalogues de prostituées ont pris la place des magazines d’annonces immobilières, cependant Las Vegas est aussi la ville où des millions de jeunes couples viennent se marier…

Disney Land pour adultes
Album : Disney Land pour adultes

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Le long du strip et des avenues environnantes illuminées jour et nuit, là où ont été reconstitués, en grandeur presque nature, des chefs d’œuvre de l’architecture mondiale comme la Tour Eiffel, le Colisée ou encore Le Sphinx, des hordes de sans-abri, de tout âge, espèrent encore leur chance. Je passe devant eux comme ces autres millions de parieurs, se délestant de 300 dollars sur une table de bridge comme je laisse 1 dollar dans une des machines à sous pour « gens modestes ».

J’entame la conversation avec un quadragénaire à l’air sympathique.

-       Je viens ici deux ou trois fois par an pour me détendre. J’ai ma cagnotte « pari ».

Une cagnotte constituée de jetons de 100, 200 et 500 dollars. Vertige. Cet homme joue avec plus d’argent qu’il ne m’en faut pour tout mon voyage.

Couvrant un boulevard entier, l’écran le plus long du monde, s’étale en demi cylindre sur 425 mètres de long. Tous les soirs, il projette un bout du rêve américain, de beaux jeunes gens, de l’argent, de belles voitures, des cocktails, des hôtels de luxe… Triste société vivant dans l’illusion.

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Les péchés capitaux ont trouvé leur royaume, là où le grandiose est en éternelle compétition avec l’inutile. En plein désert, à plusieurs centaines de kilomètres de la première forêt, comment peut-on acheminer autant de matériaux, d’eau, de ressources ? Comment peut-on vivre, comment nourrir ces millions de gens ?

 

 




Les grands espaces, encore et encore

28052009

D’une très faible densité humaine comme point commun, parfois humides, parfois couvertes de végétation, parfois sablées, parfois très sèches voire même salées, les étendues d’Amérique du Nord surprennent autant que celles d’Amérique Latine.

Je me débrouille pour mettre le Grand Canyon sur ma route vers l’Ouest. J’arrive sur place assez tard dans l’après midi. Le couple avec qui j’étais me dépose au début du sentier qui descend dans le coeur du canyon. Ils insistent pour m’offrir de l’eau, de la nourriture et une bible ! La nuit arrive, c’est la pleine Lune ce soir, je décide de descendre jusqu’au fleuve Colorado, 1250 m plus bas, avec la lueur du satellite terrestre comme seul guide.

Grand Canyon, descendu de nuit, remonté de jour
Album : Grand Canyon, descendu de nuit, remonté de jour

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Commence alors un parfait moment d’harmonie avec la nature. Je profite des derniers rayons du soleil pour bien avancer et tout en observant toute la palette de couleurs changeant dans les gorges du canyon. Je continue à marcher éclairé des reflets du soleil tout juste couché. La fraîcheur arrive.

La Lune n’est pas encore levée, il fait noir et il y a beaucoup de vent. Comme je suis un peu fatigué, je décide de dormir un peu. Je trouve un coin à l’abri du vent ou je peux m’allonger. Je me réveille 1h30 plus tard, à peine reposé. La Lune est levée. On y voit très bien. Je peux repartir. J’économise mon eau, car j’ai deux litres seulement, et demain je dois remonter jusqu’à « la surface ». Dans les méandres du sentier, il n’y a plus de vent, c’est le silence parfait. Je suis tout seul.

Je vois le fond se rapprocher. J’accumule les heures de marche. La Lune n’est pas loin du zénith, on se croirait presque en plein jour.

Après ma sieste et 5h de marche, il 2h du matin, voici le Colorado. J’entends des gens parler. Je traverse le pont pour passer de l’autre côté du fleuve. Une plage de sable fin borde l’eau qui clapote là où les vaguelettes meurent. Un groupe de jeunes. J’entends des rires.

Je m’approche d’eux, et je jette mon sac à dos par terre en les saluant. Une charmante demoiselle cours vers moi, encore toute mouillée de sa baignade dans le fleuve. « Tu viens d’où ? Pourquoi tu arrives à cette heure là ? Tu veux boire une bière avec nous ? »

« T’es pas aller jusqu’au fond du Grand Canyon tant que tu t’es pas baigné dans le Colorado » me lance Mike avec une voix rocailleuse.

Ils sont 6, l’un d’eux joue de la guitare, entièrement nu le tout en chantant. Sa voix raisonne entre les falaises du Canyon. Après un plongeon dans le Colorado glacé, je sors mon harmonica. J’accompagne alors ce nudiste guitariste sur des morceaux de musique country.

La Lune arrive enfin au zénith, on peut la voir directement au dessus des montagnes. En dépassant une falaise qui la cachait jusque là, elle nous éclaire de sa froide clarté. On arrête de jouer, tout le monde applaudit.

Apaisés et imbibés de bière, nous regardons l’astre nous illuminer. Le monde est à nous.

Entre les Rocheuses dans l’Oregon, les paysages de Western en Arizona, les dunes dorées de Californie, le silence règne, la nature domine, l’homme apprécie.

Vertige des grands espaces
Album : Vertige des grands espaces

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Les clichés, une certaine réalité

28052009

Des voitures énormes, des hamburgers à tous les coins de rue, le surpoids qui devient la norme, la consommation à outrance, les banlieues qui n’en finissent plus, des gens peu conscients de l’environnement, très fermés… tout est là.

Attention un cliché peut en cacher un autre
Album : Attention un cliché peut en cacher un autre

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La réalité n’est pas si uniforme. Heureusement.

Au gré du chemin, je rencontre des gens très ouverts, très généreux, curieux. Beaucoup font de grands détours pour me déposer au bon endroit dans ces grandes villes étalées sur des dizaines voire centaines de km. Certaines personnes se coupent en 4 pour m’aider. Voyant que je pourrais en avoir besoin, on m’offre un téléphone portable et un appareil photo !

Je trouve facilement des produits biologiques, de nombreuses entreprises travaillent avec beaucoup d’énergie autour de la responsabilité sociale et du respect de l’environnement.

Je passe dans des petits villages authentiques, amicaux où on peut trouver des gens sveltes dans des petites voitures ! …

Attention donc aux clichés ou préjugés.

Tous les Français ne sont pas romantiques, les Italiens mangent d’autres choses que des pâtes et des pizzas et les Colombiens ne déjeunent pas tous à la cocaïne !




Du Mexique vers les Etats Unis – Choc culturel

28052009

Il me faut trois jours de route à travers le Mexique, pour rejoindre les Etats-Unis. Ils seront très agréables et aventuresques. Pendant ces trois jours, je me retrouve à annoncer l’arrivée des fruits et légumes au micro de la camionette d’un petit producteur, je passe une nuit avec un routier, sur la même couchette que lui, au milieu de ses ronflements, je conduis un poids lourd sur 20 km (son chauffeur m’installe au volant alors que le camion est lancé à 90 km/h), on m’invite plusieurs fois à manger, aller boire un verre, je passe une nuit au centre de la croix rouge… J’apprécie donc pleinement de la générosité et l’amabilité des Mexicains qu’on trouve à tous les coins de rue.

Mexique ou Amérique Latine, que du bonheur
Album : Mexique ou Amérique Latine, que du bonheur

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J’approche la frontière. Je suis surexcité à l’idée d’entrer aux Etats-Unis. Je vais enfin pouvoir me faire mon idée sur les gens, leur politique, la guerre en Irac… J’attends une réponse à beaucoup de questions.

Malgré le contexte de la grippe A et les problèmes d’immigration que subissent les Etats-Unis, la frontière Mexique-EU est l’une des plus facile que j’ai passée au cours de ce voyage. Je n’ai été fouillé que par les ondes du portail de surveillance !

De l’autre côté, le rêve américain. Je trouve un endroit parfait pour faire du stop. Quand il n’y a pas de voiture je chante, je danse sur le bord de la route. Je joue de l’harmonica. Être aux Etats-Unis m’enchante. En sortant du Mexique, c’est toute la page Amérique Latine qui se tourne. A moi un nouveau monde, celui de l’Amérique du Nord anglophone. Changement de langue, changement de culture, changement de rythme de vie.

J’attends. Les gens ne s’arrêtent pas, ils ne me regardent même pas. J’attends. Je chante moins fort.

Je m’approche des voitures qui freinent à l’intersection toute proche. Je fais signe que je veux simplement leur poser une question. Toutes les voitures passent sans s’arrêter, on dirait qu’ils ont peur.

J’arrête de chanter. Ca commence à m’énerver… Il faut changer de stratégie, s’adapter aux gens. J’attends qu’une voiture à la fenêtre ouverte passe pour l’interpeler. Le mec, sympa, m’emmène jusqu’à une station essence. J’arrive à trouver un autre véhicule pour rejoindre Tucson et puis Phoenix au coeur du désert de l’Arizona. Arrivé la bas, c’est stérile. Personne dans la rue, le flot de voiture, de 4*4 munis de parre-bufle urbain, est continu.

Je ne sais pas où je suis, je voudrais juste demander mon chemin. Au feu rouge, personne ne me répond. Les gens ferment leur fenêtre quand ils me voient arriver avec mon sac à dos et mon atlas de la route. Je me sens désarmé et révolté. Pourquoi ne veulent-ils même pas me parler ? Je me sens perdu, beaucoup plus que quand j’étais malade sur l’altiplano, ou en bordure de favela au Brésil. Ici je ne sais pas quoi faire, ni où aller.

Les rares personnes qui acceptent d’échanger quelques mots avec moi, sans s’arrêter de marcher, le temps que leurs pas pressé les emporte hors de portée de voix me souhaitent bon courage du fond du coeur. Ils ne s’arrêtent pas pour parler, ils sont pressés.

Je tombe enfin sur quelqu’un de patient et généreux qui me dépose au centre ville.

Je rêvais dun autre monde...
Album : Je rêvais d'un autre monde...

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Plusieurs jours plus tard, je reprend la route. Quelque chose se dessine au fur et à mesure des rencontres. Les gens sont soit impossibles à approcher, grognon ou poli à l’extrême, soit adorables, ouverts et curieux ! Le problème est que ce deuxième type de personne est aussi rare qu’il généreux.

J’évolue donc dans ce pays, débordant d’individualisme et taché de générosité essayant de comprendre et de m’adapter à cette population dont chaque individu ou presque est incroyablement concentré sur lui même.

Bienvenu aux Etats-Unis !




Le pouvoir des médias

28052009

Tout commence quand à Oaxaca, une des villes principales du sud du Mexique, un message interrompt tous les programmes télévisuels. Une personne du ministère de la santé annonce qu’une maladie de type grippe sévit dans le pays et que des mesures de précaution sont à prendre. Il faut fermer les fenêtres et éviter de sortir. De manière générale il faut se laver les mains fréquemment et éviter les contacts inutiles avec tout autre individu. Je regarde mon hôte, on sourit jaune. Je retourne dans ma chambre et je ferme la fenêtre en me disant : « C’est pas de chance, ça arrive pile quand je suis là ».

Entre amis, dans la rue, on commence à parler de l’Influenza, c’est son nom au Mexique. Le foyer principal semble être à Mexico, la capitale. Je m’y rends le surlendemain de cette annonce à la TV pour une dernière interview en Amérique Latine, avant mon passage vers les Etats-Unis.

Quand j’arrive à Mexico, en pleine journée, en pleine semaine, les rues sont curieusement peu animées. Beaucoup de commerces sont fermés. Parmi le peu de gens que je rencontre dans le métro, une personne sur 4 ou 5 porte un masque en tissus ou en papier. Les gens s’observent. Attention à ceux qui éternuent… Aller, je tousse, juste pour rire ?
Je retrouve les amis de mes parents chez qui je vais rester quelques jours. L’influenza est au coeur des discussions avec toutes les connaissances et même dans la rue. La psychose s’installe. « Chéri, tu ne trouves pas que le petit a le front un peu trop chaud ? »

Il y a ceux qui y croient et qui se calfeutrent ou se protègent, ceux qui n’y croient pas et continuent à vivre normalement voir même en provoquant les premiers en leur offrant une main bien tendue pour les saluer. Et puis il y a aussi ceux qui s’en remettent à Dieu comme me le confie une vendeuse de tacos dans la rue qui voit son négoce chuter à cause du manque de clients.

Dans les grandes surfaces, les employés portent des masques aussi. Les gens font des provisions, comme en temps de guerre, j’imagine. Il n’y a plus de sucre, plus de farine. Le savon et la vitamine C sont aussi pris d’assaut. Les grandes surfaces font des offres exceptionnelles sur des écrans plasmas, des livres. On attire le client comme on peut.

A la TV et dans les journaux, on continue d’en parler. Le nombre de morts augmente, mais tous les chiffres sont différents. Certaines personnes prises de panique quittent la capitale vers la côte, certains de manière déraisonnée.

Les expatriés qui vivent au Mexique sont constamment sollicités par leur famille et amis. « Comment allez vous ? Mettez bien vos masques. On doit vous cacher la vérité au Mexique, d’ici, depuis la France, on sait ce qu’il se passe. »

A qui se fier ?

Nous comparons alors les informations. Au JT en France :  »les mexicains sont obligés de porter un masque par l’armée… ». Je suis sur place. C’est complètement faux. L’armée a distribué des masques pendant quelques jours au début de la psychose et sans obliger quiconque de les porter.

Ensuite, les gens ont éventuellement continué de se procurer les masques dans les commerces. Des jeunes businessmen en devenir vendent les précieux masques dans la rue à déroge encore à la pression sociale. Un reportage sur France 2 s’intéresse aux producteurs de masques en Thailande qui se frottent les mains de la situation au Mexique. La mondialisation médiatique, commerciale et celle de la peur sont bien réelles.

Les écoles, certains magasins ont été fermés. Les matchs de foot sont à huis clos. Interdit d’entrer dans les églises ! C’est dire à quel point le gouvernement prend au sérieux cette épidémie vite classée dans les pandémies. L’OMS s’agite, on compte les morts.

Au bout de 4 jours, 3 personnes sur 5 au lieu d’une, portent un masque (d’après mon observation des passants dans la rue qui vaut ce qu’elle vaut !). Au bout de 7 jours, le soleil calme les ardeurs. Les masques couvrent plus les gorges que les bouches. Les gens en ont marre.

Un expert sur France 2 nous rappelle que « la grippe <> fait entre 2500 et 3000 morts en France chaque année. L’influenza, ou grippe porcine, ou grippe A n’atteint pas ce taux. »

Je pars finalement au bout de 8 jours. Les gens semblent regagner la rue, petit à petit Mexico se réveille. Si la menace est bien réelle, et les morts bien morts (!), la situation n’était apparemment pas si dramatique. Les médias ont fait leur travail. Alerter, inciter à prendre des précautions. En voyant les résultats et la réactivité du public pour suivre ces mesures, on ne peut que féliciter cette efficacité médiatique.

Que ferait le public en cas de fausse alerte fasse à ce tapage ? La même chose certainement…







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