Mars et Venus en voyage

6 01 2009

« Nous souffrons parce que nous croyons donner plus que nous ne recevons. »

Paolo Coelho

 

Béa me fait suivre le lien d’un spectacle humoristique sur les différences hommes/femmes, dont elle m’avait plusieurs fois parlé.

-       Tu vas comprendre beaucoup de choses, m’a-t-elle répété maintes fois.

Curieux, je démarre la vidéo titrée « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » ouvrant sur un certain Paul Dewandre, humoriste belge qui se présente comme professeur d’un cours d’éducation sur la relation homme/femme dans le cadre d’un programme de lutte contre le divorce. Sujet d’actualité pour Béa et moi.

S’excusant de schématiser – les hommes d’un côté, les femmes de l’autre –  l’humoriste dépeint les principales différences entre les deux sexes, bien que d’après lui, nous avons tous une part masculine et une part féminine.

-       Les hommes focalisent sur la performance, sur leurs compétences alors que les femmes s’intéressent à la qualité des relations et des événements.

En effet, je réalise que je recherche le trajet en stop à tout prix. Béa souhaite avant tout faire un bon voyage, que ce soit en bus ou en stop. Nous n’avons pas la même vision des choses.

-       Les hommes sont dans le rationnel, alors que les femmes, sont, non pas dans l’irrationnel,…

Le public rit. Tout le monde l’attendait.

-       …Mais dans l’émotionnel. Il n’est pas rare que devant une garde robe bondée, une femme s’exclame avec agacement…

Et le public complice qui complète :

-        Je n’ai rien à me mettre…

Je souris en regardant Béa du coin de l’œil. Apparemment, c’est pareil pour tout le monde. Dewandre nous explique que les femmes étant dans l’émotionnel, elles recherchent des vêtements correspondant à l’humeur dans laquelle elles se trouvent alors que dans la logique masculine, « je n’ai rien à me mettre » signifie concrètement que je n’ai pas de vêtements !

Vague de rires du public. Je repense à ce que m’avait dit Béa à Buenos Aires. «  Je n’en peux plus ». Dans ma logique, elle exagérait. De son côté, elle voulait juste faire passer un ressenti. Manque de communication.

L’humoriste de plus en plus plébiscité nous jette quatre mots fondamentaux pour la compréhension des relations hommes/femmes : attention, confiance, appréciation et compréhension.

-       J’en vois qui sont déçus… Il n’y a pas le mot « sexe ». Ne vous en faîtes pas, on va en parler à la fin… Je procède ainsi pour être sûr que les hommes restent attentifs jusqu’au bout !

Nouvelle vague de rires. Et Dewandre d’ajouter qu’on ne se sent pas aimé pour les mêmes raisons. Nous faisons l’erreur de donner à l’autre ce qu’on attend le plus, soi-même ! Il arbore un sourire paternaliste avant de continuer.

-       Les femmes ont besoin d’attention, alors que les hommes ont besoin de confiance. De même, les hommes nécessitent des appréciations alors que les femmes ont besoin de compréhension.

Le professeur philanthrope explique que si les hommes suivent une courbe émotionnelle plutôt rectiligne, les femmes suivent une belle sinusoïde, une vague avec des hauts et des bas. Dans les hauts, celle-ci est guillerette, innocente, joyeuse. Puis Dewandre laisse un grand blanc dans son monologue.

-       Et à un moment donné – et dans l’esprit masculin, sans aucune raison particulière – tout d’un coup, il n’y a plus rien qui va ! La femme va commencer à parler de plein de problèmes que l’homme va prendre pour des exagérations. Elle va utiliser des mots comme « toujours, jamais, personne, tout le monde »

Le montage vidéo du spectacle montre des couples se bidonnant ensemble. Et Dewandre reprend :

-       C’est toujours la même chose, tu ne fais jamais

-       …rien, répond le public.

-       C’est moi qui fait…

-       …tout, se marrent les centaines de personnes, hommes et femmes.

-       Personne ne…

-       …m’aide

-       Ça n’ira…

-       …jamais, termine le public en délire.

-       Vous connaissez bien vos leçons ! conclut l’humoriste dans un tonnerre d’applaudissements.

Je ris tout seul face à mon écran. Combien de fois ai-je entendu ça ? Des centaines de fois. Et combien de fois l’ai-je effectivement pris pour des exagérations ? À chaque fois ! Que ce soit Béa, ma mère, ou toute autre femme à qui j’ai eu à faire.

-       Et à ce moment-là, les hommes vont faire l’erreur la plus dommageable pour la relation. Ils vont tout mettre en œuvre pour couper la vague, rester sur les hauts.

Dewandre met en scène diverses situations montrant que face aux problèmes énoncés par sa compagne, l’homme lui apporte des solutions, essaie de lui montrer par A+B qu’elle a tout pour être heureuse, pour finalement décréter qu’elle exagère et que cela vient probablement de ses menstruations qui s’approchent ! Situation finale : l’homme dédaigneux invite sa compagne à aller prendre l’air et à revenir quand elle sera calmée ! Le public rit d’être choqué. Je me souviens m’être comporté de la sorte parfois. J’ai un peu honte. La caméra montre des gros plans sur des couples au regard grave dans le public. Je ne suis pas le seul à me reconnaître.

-       Dans cette situation, la femme ne se sent pas comprise. Elle ne cherche pas de solution, elle veut juste parler de son problème et sentir un soutien.

Dewandre rappelle que dans la même situation, l’homme ferait la tête, muet dans son coin, ou alors, chercherait obstinément une solution. C’est donc incompréhensible pour lui de voir sa femme parler en évitant les solutions, comme si elle y prenait plaisir !

À chaque fois que l’homme tente de couper la vague et que par conséquent, la femme ne se sent pas comprise, les bas sont toujours aussi bas et les hauts de moins en moins haut. Je reconnais notre couple. J’avais pourtant l’impression de me comporter au mieux, d’aider Béa dans ses problèmes, de lui proposer des solutions. Rien à faire. Je lui coupais sa vague. Je cherchais à la faire réagir aux stimuli qui me font réagir, moi. Erreur…

-       De nos jours, dans 75% des cas, ce sont les femmes qui quittent leur compagnon… Parce qu’aujourd’hui, elles le peuvent !

Certains rires font la transition, Dewandre continue en soulignant le besoin de confiance et d’appréciation des hommes.

-       Ils attendent qu’on les laisse gérer leurs problèmes comme des grands et ils apprécient vivement les compliments : « Personne ne cuisine comme toi ». « T’es le plus foooort », s’écrit l’humoriste.

Je souris. Je me reconnais. Je ne supporte pas quand Béa critique ma façon de gérer EcoAmerica. Je sais ce que je fais et je suis capable de le faire. Qu’elle me fasse confiance !

Il continue en expliquant que les femmes ont besoin d’attentions, tous les jours, tout le temps, sans forcément être touchées par la pondération. Le public reste interdit, curieux de comprendre. Moi aussi.

-       Messieurs, j’ai une bonne nouvelle ! sourit-il. Un mot d’amour sur le frigo ou un voyage à Hawaï rendra votre femme tout aussi heureuse !

Le rire est beaucoup plus grave dans l’assemblée.

Le thème de la sexualité arrive enfin. De façon très imagée, Dewandre nous explique que les hommes fonctionnent comme un chalumeau, alors que les femmes sont plus comme des fours !

-       Messieurs, n’ayez pas peur d’être doux ! Thermostat 4, c’est comme en cuisine, il faut être patient !

Rires féminins dans la salle.

-       Et mesdames, ça ne va pas non plus vous rendre exténuées le lendemain d’avoir fait l’amour. Ca ne dure pas forcément toute la nuit, à chaque fois… insiste-t-il à leur manière.

Des couples de l’audience rient entre eux. Je regarde Béa une nouvelle fois.

-       C’est pourquoi beaucoup de couples cassent malgré qu’ils aient passé une énergie folle à tenter de sauver leur relation. L’erreur vient du fait qu’on se comporte avec l’autre comme avec quelqu’un du même sexe que nous.

Je soupire d’avoir compris.

-       Messieurs, si vous voulez avoir une vie sexuelle très remplie et vivre avec quelqu’un qui n’a pas de vague comme une femme, vous savez ce qu’il vous reste à faire… !

Je suis abasourdi. Je me sens bête. Grandi, mais bête. Comment n’ai-je pu jamais comprendre toutes ces subtilités ? Je dois changer.


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